Sophie PEAN, créatrice d’une plateforme de personnalisation de cahiers

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J’ai rencontré Sophie en avril, à l’occasion d’une conférence sur la success story d’une start up nantaise. Nous avons discuté pendant le cocktail et elle m’a racontée qu’elle était en train de créer Les Jolis Cahiers. Ce que j’ai beaucoup aimé chez Sophie, c’est son côté sans filtre et sans fard, son côté vrai et sincère. Elle traversait à ce moment-là une petite période de doute, et elle m’en a parlée de façon très naturelle. Moi qui avais décidé de ne pas retourner dans le monde de l’entreprise et du salariat à cause de tous ses jeux de pouvoir et ses faux semblants, j’ai été très touchée de voir que dans le milieu de l’entrepreneuriat, et notamment de l’entrepreneuriat au féminin, on pouvait rencontrer des personnes aussi vraies, qui parlent de leurs réussites mais aussi des peurs et des doutes qui peuvent parfois les traverser. J’étais donc ravie que Sophie accepte de se prêter au jeu de ce portrait d’entrepreneur. Je l’ai retrouvée en ce début de mois d’octobre rayonnante et épanouie dans ses jolis bureaux en plein centre-ville de Nantes.

 

Sophie, est-ce que tu peux nous parler de ton entreprise ?

Les jolis cahiers c’est une jeune marque de papeterie nantaise qui repose sur une conviction : celle que le rapport au papier et à l’écriture est un levier d’efficacité, de développement personnel et de bien-être. C’est aussi une entreprise qui repose sur un pari : celle du mariage du papier et du digital. Le concept, c’est de créer son propre cahier, sur mesure et à l’unité. Cette personnalisation de l’objet ne serait pas possible sans l’apport du digital. Et pour autant, ça repose sur un support ancestral qu’est le papier. C’est ça qui m’anime et que je trouve chouette !

Peux-tu nous raconter ton parcours ? A quoi ressemblait ta vie avant de monter ton entreprise ?

J’ai 46 ans donc je suis ce qu’on appelle une late-bloomer, c’est à dire quelqu’un qui crée son entreprise sur le tard. Avant ça, j’étais salariée depuis plus de 20 ans et je n’avais jamais rêvé d’être entrepreneur. Je travaillais dans la communication et je m’éclatais dans mes jobs. J’ai connu une évolution de carrière classique, dans laquelle j’ai eu au fil des années de plus en plus de responsabilités.

 

Qu’est-ce qui t’a amenée vers l’entrepreneuriat ?

En fait, je suis arrivée dans l’entrepreneuriat par accident, ou plutôt par circonstance, non pas professionnelle mais personnelle puisque j’ai eu un problème de santé en 2015, qui m’a conduite dans les mois voire l’année qui a suivi à un grand moment d’introspection personnelle sur ce que j’avais envie de faire et de devenir. Le genre de petit grain de sable qui vient se mettre dans la machine et qui t’oblige un peu à réfléchir.

Au cours de cette réflexion, je me suis interrogée sur ce qui me passionnait : de façon très générale, dans ma vie pro mais aussi dans ma vie perso. Et pendant cette phase de réflexion, il est ressorti mon goût pour la papeterie, pour l’écriture. Parallèlement à ça, il y avait aussi le fait que je suis toujours épatée par tout ce que le digital permet de faire : je trouve ça très enthousiasmant !

A un moment, et je ne sais pas trop comment l’expliquer, une connexion s’est faite entre les deux sujets, et j’ai eu cette idée de plateforme. Je cherchais toujours des cahiers originaux dans les papeteries ou sur le net et je trouvais soit toujours les mêmes choses, soit le motif me plaisait, mais pas la couleur, ni le format. Donc je me suis dit que j’avais envie de créer ça et j’ai tout de suite eu le nom de la marque en tête. Et voilà, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure !

 

Est-ce que tu as rencontré des difficultés, des doutes durant la gestation de ton entreprise ?

Etre en phase avec son projet…

Je ne peux pas dire que j’ai rencontré des difficultés, et je pense que cette sensation de ne pas avoir connu d’obstacles particuliers vient du fait que je suis très alignée avec ce projet. Je suis très animée par Les jolis cahiers, certainement parce que c’est plutôt quelque chose de personnel que j’ai fait évoluer vers mon projet professionnel. Du coup, comme je suis très au clair avec ce que je suis et avec ce que je fais aujourd’hui, j’ai estimé que les obstacles ou les difficultés, ça faisait partie du parcours, donc je ne l’ai pas vécu négativement ou difficilement. Je l’ai accepté comme faisant partie de la vie du projet. Cette entreprise repose sur une conviction très personnelle et par conséquent je n’ai jamais eu de doutes sur le fait que j’allais réussir mon projet. Parce que ma motivation est sans faille.

A chaque moment de la vie, soyez ce que vous voulez être  

 

Pendant qu’elle me parlait du fait d’être en phase avec son projet, Sophie s’est rendue compte que le thé qu’elle était en train de boire contenait une étiquette sur laquelle il était écrit : « A chaque moment de la vie, soyez ce que vous voulez être ». Une jolie coïncidence 🙂

Embarquer d’autres personnes dans l’aventure…

Le seul doute que j’ai eu c’était au moment d’embaucher des gens. Pas sur le fait d’embaucher parce que j’étais persuadée qu’il fallait que je recrute et je n’avais en plus pas envie de travailler seule. Sauf qu’en embauchant quelqu’un, j’embarquais une personne avec moi et j’étais désormais responsable non pas seulement de moi et de mon entreprise, mais aussi de quelqu’un d’autre. Parce que derrière tout ça, il y a de l’humain. Parce que cette personne a une vie, des enfants, un loyer à payer, et je dois pouvoir lui assurer tout ça. A l’époque où on s’est rencontrées, c’était un doute, c’était pile au moment d’embaucher. Et aujourd’hui, c’est un vrai moteur. Je pense que si j’étais restée seule, quelque part, je me serai dit que si ça prenait un peu plus de temps que prévu, ce n’était pas grave. Là, le fait d’avoir cette personne avec moi, ça m’oblige à me dire que les résultats doivent arriver vite.

Donc maintenant je le vis vraiment comme une réelle motivation !

Se lancer !

Et puis le dernier doute en date, ça a été au moment d’appuyer sur le bouton pour dire « ça y est, la plateforme est lancée ! ». Mais ça je pense que c’est certainement le cas de tout créateur, quand son produit va à la rencontre du marché : tu as toujours peur que ça n’intéresse personne.

 

Comment as-tu fait pour aller au-delà et continuer ?

Ecrire…

J’ai écrit, bien sûr, pour évacuer tout ça.

Et puis je me suis dit que j’étais allée tellement loin que de toute façon, je n’allais pas m’arrêter maintenant. J’avais investi du temps, de l’argent… Le seul moyen de savoir si j’allais avoir de la clientèle, c’était de me confronter à elle.

Parler…

J’ai aussi beaucoup discuté, échangé et parlé de mon projet. C’est très important de passer ce cap, de parler de son projet. Ce n’est pas évident au début car on fait une espèce de coming-out entrepreneurial, et ça m’a d’ailleurs tellement remuée que j’ai écrit un article à sujet. Cela peut faire peur, car en révélant son projet, on révèle presque quelque chose d’intime.

Mais parler de son projet, ça permet de lui donner corps et ça permet aussi de se donner des jalons.

Parler ça permet aussi de lever des doutes, d’avoir des critiques constructives.

Néanmoins, je conseille d’en parler à des personnes ressources, qui donnent des conseils sans jugement. Cela permet d’avoir de nouvelles idées, de penser à des choses auxquelles on n’avait pas pensé ou des arguments qu’on ne pense plus à mettre en avant. Parfois cela peut être des personnes qui ne sont pas dans notre entourage direct, parce qu’au moins il n’y a pas d’affect dans ce type de relations. Quand on enlève cet aspect-là, il n’y a pas de filtres dans les discussions. Mieux vaut par contre ne pas en parler à des personnes qui nous projettent leurs propres peurs.

Trouver un équilibre…

Ce qui m’a permis également de continuer, c’est d’avoir trouvé un équilibre vie pro-vie perso. Il y a aujourd’hui un stéréotype de l’entrepreneur de 25 ans, dans la tech, qui monte une start up et qui travaille nuit et jour. Quand tu as 45 ans et que tu as une famille, tu ne peux pas, tu ne veux pas et tu es vite « rattrapée par la patrouille ». Quand tu es entrepreneur, tu travailles beaucoup mais pas de la même façon. Par exemple, si un vendredi après-midi, le soleil est au rendez-vous, je peux décider d’aller faire du vélo avec mon fils. J’ai la possibilité de profiter de ce moment privilégié et aller du coup travailler un samedi ou un dimanche après-midi. L’entrepreneuriat, ce n’est pas un sprint, c’est un marathon : il faut savoir se préserver.

Quels ont été tes moments de joie, de fierté ?

Évidemment le premier moment de joie, ça a été la campagne de financement participatif sur la plateforme de crowdfunding Ulule, qui a bien fonctionné. La satisfaction n’est pas seulement venue de l’argent récolté mais du fait que des gens que je ne connaissais pas mettaient de l’argent sur mon projet : ça m’a montrée qu’il n’intéressait pas que moi.

Le deuxième moment, c’est le jour où j’ai eu mon Kbis, parce que c’est quand même la première manifestation concrète de l’existence de ton entreprise : tu n’es plus porteur de projet, tu es entrepreneur.

Un autre grand moment de joie et de fierté, c’est quand j’ai vu pour la première fois ma plateforme, et que tout ce que j’avais imaginé se matérialisait et fonctionnait.

Et enfin, le dernier en date c’est bien évidemment d’avoir eu des commandes depuis le lancement de la plateforme hier !

 

D’après toi, quelles qualités faut-il avoir pour monter sa boîte ?

Savoir se préserver et trouver un équilibre. Bien manger, bien dormir, pour pouvoir tenir le marathon. J’ai commencé à travailler à temps plein sur mon projet début janvier 2018 et mi-février, j’étais épuisée. J’ai donc décidé de me reprendre en mains : j’ai fait attention à moi, et j’ai pris le temps de prendre l’air aussi parfois pour pouvoir prendre un peu de hauteur et trouver de nouvelles idées. Sur le long terme, ça permet d’être d’autant plus efficace et créatif.

Une autre qualité qui me paraît indispensable pour entreprendre, c’est la curiosité. Parce que quand on est porteur de projet, on touche à tout y compris à des sujets auxquels on ne connaît rien. Il faut donc avoir la curiosité de s’y intéresser.

Et enfin, la ténacité, la persévérance. Évidemment, ce n’est pas toujours facile, on passe par beaucoup de remises en question. Il y a même des jours où on se demande pourquoi on n’est pas restée salariée. Mais en fait, très rapidement, tu te dis que tu es beaucoup plus à ta place maintenant.

 

Et quelles compétences ?

Il faut quand même avoir une certaine aisance orale. Parce qu’en réalité tu passes 80% de ton temps à parler de ton projet, que ce soit à un conseiller CCI, à ton banquier, à un fournisseur, ou à n’importe qui, même dans des circonstances incongrues. Bien parler de son projet, c’est un atout pour que d’autres sachent en parler à notre place : ça permet de diffuser l’information.

Après, évidemment, si on porte un projet qui demande des compétences particulières, savoir faire du pain quand on monte une boulangerie, par exemple, on peut difficilement faire sans !

Mais quand on crée un projet qui ne demande pas de compétences techniques particulières, il faut surtout être porté et convaincu par son projet. Et faire les choses avec sincérité et envie, parce que les compétences que l’on n’a pas, soit on peut les acquérir, soit on sous-traite. Les gens se mettent beaucoup de barrières et ne créent pas leur entreprise parce qu’ils pensent que ce n’est pas fait pour eux. Pour moi, il faut surtout avoir une intime conviction de ce qu’on fait : l’entrepreneuriat c’est plus du savoir-être que des compétences.

Qu’est-ce que tu délègues ou sous-traites aujourd’hui, et pourquoi ?

J’ai décidé de m’organiser pour déléguer tout ce sur quoi je n’ai pas de valeur ajoutée. Par exemple, faire la déclaration de TVA de ma boite, ou éditer un bulletin de paie. Ca m’aurait pris des dizaines d’heures de me former là-dessus et je n’avais pas envie. Donc tout le back office gestion/RH, je le sous-traite.

J’ai aussi embauché quelqu’un pour faire le design graphique des cahiers, parce que ce n’est pas mon métier. Par contre, mon boulot à moi c’est de donner l’impulsion et l’orientation graphique.

J’ai également sous-traité le développement informatique de ma plateforme.

Je touche quand même toujours à tout, mais en gardant toujours en tête le rôle que je veux et que je dois jouer en tant que dirigeante de l’entreprise, et où se trouve ma valeur ajoutée.

 

Si tu avais un conseil à donner à quelqu’un qui veut se lancer dans l’entrepreneuriat mais qui hésite encore, ce serait quoi ?

Le premier conseil que je donnerai, ce serait de démystifier l’entrepreneuriat et de ne pas se fier à l’image que donnent les médias de l’entrepreneur. L’entrepreneuriat ça existe depuis la nuit des temps et c’est ouvert à tout le monde : des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, … Je leur conseillerai donc d’échanger avec des personnes qui ont monté leur boîte.

Et si possible d’être animé par un projet qui leur tient vraiment à cœur : car la clé, c’est d’être totalement en phase avec son projet.

 

Si écrire vous fait du bien, si vous avez envie de créer votre cahier rien qu’à vous et le personnaliser selon vos envies, courez découvrir la plateforme Les jolis cahiers ! www.lesjoliscahiers.fr

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